samedi 23 juin 2012

Haiti-Constitution amendee: De la dynamite?

P-au-P, 20 juin 2012 [AlterPresse] --- Le président Michel Joseph Martelly paraît s’inscrire ouvertement, à partir du mardi 19 juin, dans la voie de la « falsification de la Constitution de 1987 » et déclenche du même coup le minuteur d’une crise institutionnelle, selon l’avis de plusieurs personnalités impliquées dans la vie politique en Haïti.
Au cours d’une cérémonie organisée au Palais présidentiel le 19 juin, Michel Joseph Martelly, a autorisé aux Presses Nationales, par arrêté, de « reproduire la version du texte amendé de la Constitution de 1987 » et ce « telle que votée par sénateurs et députés réunis en Assemblée Nationale le 9 Mai 2011, aux fins de publication au journal officiel Le Moniteur ».
Michel Martelly revient ainsi sur son arrêté du 3 juin 2011 au moyen duquel il avait demandé de rentrer la version amendée pour cause de fraude et d’irrégularités.
Sa nouvelle décision inscrit le pays désormais dans « une dynamique de falsification de la constitution de 1987 », regrette Evans Paul, membre de la plateforme politique Alternative.
Pour Evans Paul la rencontre au palais présidentiel pour annoncer ce revirement de Martelly n’est autre qu’une « cérémonie de trahison à la patrie ».
Au lendemain de la publication du texte amendé le 13 mai 2011, les sénateurs et les députés avaient crié au scandale et avaient nié avoir voté le texte paraphé et publié par l’administration de l’ancien président René Préval.
L’amendement aurait été un faux. Aujourd’hui l’équipe de Martelly s’apprête à rendre public l’amendement tel que voté.
Le sénateur Jean William Jeanty croit que « cette affaire est une vaste manipulation, une vaste fraude et escroquerie. Les autorités n’avaient pas à le publier et n’ont pas à le publier ».
En guise de publication le président Martelly devrait surtout être en train de chercher les fraudeurs, et les fraudeurs devraient être emprisonnés pour tracer un exemple, toujours selon l’avis du sénateur Jeanty.
Les services de certains citoyens de la société, dite civile, auraient été officieusement requis pour porter des corrections à la version amendée du 9 mai 2011 par l’assemblée nationale. Mais ces individus « n’ont pas la qualité de députés et sénateurs », déplore Evans Paul.
Certains parlementaires continuent de claironner que certains articles du document que l’actuel gouvernement entend éditer n’est pas conforme à ce qu’ils ont voté et c’est là que « la crise peut être latente », explique Carlos Hercule le premier bâtonnier du barreau de Port-au-Prince.
« S’il y a différence entre la version votée et celle qui va être publiée, c’est une grave crise », s’inquiète Hercule.
« Je pense que monsieur Martelly a engagé le pays dans une grave crise constitutionnelle (...) une crise qui attaque le fondement même de la nation », estime également le responsable du Kid.
Martelly s’est toujours montré très hésitant en ce qui à trait à cette question d’amendement constitutionnel. Et donc, tout laisse « croire que cela a été fait sous la pression de l’international », avance Evans Paul.
« Le président (Michel Martelly), les présidents des 2 chambres (sénat : Simon Dieuseul Desras ; député : Lévaillant Louis Jeune) agissent sous la pression de la communauté internationale », renchérit le sénateur William Jeanty.
Réunir, convoquer et mettre en place une assemblée constituante intégrant ceux qui sont pour et ceux qui s’opposent à cet amendement, convoquer un autre comité pour travailler sur un prochain amendement à la fin de la 49e législature, sont les principales propositions faites pour aboutir à une reforme constitutionnelle adaptée à la réalité du pays.
Par ailleurs, le premier bâtonnier de l’ordre des avocats de Port-au-Prince Carlos Hercule estime que ce dossier a déjà trop duré. [srh kft gp apr 21/06/2012 10 :00]
Lire aussi:

samedi 2 juin 2012

Le jugement de Jean Claude Duvalier fournirait-il l'occasion de reformer un systeme de justice vieux et inegalitaire?

A l'occassion d'un atelier organise par le Centre Oecumenique des droits humains, des themes relatifs aux  deficiences du systeme judiciaire haitien ont ete evoques. Les debats ont ete centres sur le jugement de Jean-Claude Duvalier et les defaillances de la justice haitienne a cet egard. L'accent a ete egalement mis sur la meconnaissance des mefaits du systeme duvalieriste par la jeune generation. L'incapacite du systeme judiciaire haitien ne se limite pas seulement a l'absence d'un proces contre Jean Claude Duvalier. Cette incapacite est liee au systeme economique et social ou les droits economiques et sociaux du peuple haitien ont ete bafoues durant toute son existence. Le systeme oppressif colonial a laisse des sequelles indelebiles sur le mode de fonctionnement du systeme politique, social et economique haitien. On ne peut avoir un systeme de justice equitable dans un systeme socio-economique inegalitaire. Il n'y eut que tres peu de proces de justice a travers notre histoire. L'un d'entre eux est le proces de la Consolidation. Un autre semblant de proces fut le proces des timbre-postes realise sous le regime de Jean Claude Duvalier. Apres le depart de ce dernier eurent lieu deux proces de barons duvlieristes: celui de Luc Desir et de Roger Lafontant. Malgre les efforts realises apres l'ecroulement du systeme duvalierien pour realiser un Etat de droit des atteintes graves aux droits humains continuent a se perpetrer notamment la brutalite policiere et l'impunite generalisee. Des milliers de personnes ont disparu apres le regime de Jean Claude Duvalier. Plusieurs personnalites et militants politiques ont ete assassines. Entre 1986 et 1990 des zenglendos ont cambriole beaucoup de maisons et assassine des elements de la population civile. Des militaires ont commis des vols et assassinats sur la population civile. Les  fameux escadrons de la mort regroupes sous le nom de FRAPH et allies des militaires ont assassine des milliers de personnes apres le coup d'etat du 30 septembre 1991. Plusieurs personnes ont ete kidnappees et plusieurs continuent a etre assassinees jusqu'a notre jour. Le slogan "l'enquete se poursuit" n'a jamais disparu du jargon du systeme judiciaire et plusieurs familles de disparus depuis le regime des Duvalier jusqu'a nos jours continuent a attendre que justice leur soit rendue. Une assise d'organisation de droits humains comme celle tenue dernierement devrait soulever des problemes endemiques du systeme socio-politique haitien au dela du probleme de Jean Claude Duvalier. Un jugement meme en due forme de Jean Claude Duvalier permettrait-il de reformer un systeme de justice vieux et inegalitaire? Les jugements de Luc Desir et de Roger Lafontant ne l'ont pas permis.  Les jugements de "grosses tetes" sont le plus souvent l'occassion pour permettre a un systeme pourri de se reproduire. Des organisations de droits humains dignes de leur nom devraient lier leur role a un changement profond de la societe haitienne et non seulement  a denoncer des assassinats et a demander le jugement de coupables.
Lire l'article de Alter Presse relatif aux assises du Centre Oecumenique des droits humains: http://www.alterpresse.org/spip.php?article12898&utm_source=twitterfeed&utm_medium=facebook
A lire un autre article interessant: http://www.ligue-haiti.org/index.php?option=com_content&task=view&id=251&Itemid=30